Respecter ses limites et garder l’équilibre en tout temps
Noël approche à grands pas, je cours à droite et à gauche
pour trouver les cadeaux que je désire offrir aux personnes qui me sont
chères, ce que je fais avec plaisir. Moi qui a cru en 1988 que ça
allait être mon dernier Noël, je peux dire aujourd’hui que
j’en ai vu beaucoup d’autres, que j’ai cessé des compter.
À
vous mes lectrices et lecteurs je veux offrir un cadeau très particulier
qui symbolise tous les souhaits que l’on peut retrouver dans les cartes
de Noël; sois santé, paix, bonheur, amour,...
Ce cadeau que je vous offre est orné d’une belle chevelure bouclée
couleur argent, l’emballage est un beau sourire, une attitude accueillante
et une main chaleureuse.
Je déballe donc ce cadeau devant vous. J’ai rencontré Serge
pour la première fois il y a neuf ans. Nous voulions partir un organisme
pour les PVVIH dans la région de Hawkesbury, Carole (coordinatrice)
est venue rencontré Jocelyne, directrice générale du BRAS à l’époque. À son
retour elle me fit part des résultats de la rencontre car j’étais
président du comité provisoire de Sida Entre-Nous, elle me dit
aussi qu’elle avait été accueillie par un beau jeune homme
du nom de Serge. Elle croyait qu’il serait un match parfait pour moi,
nous sommes devenus de bons amis mais jamais des amants comme elle l’avait
souhaité au départ. Avec les années j’ai appris à connaître
davantage cet être exceptionnel.
Il m’a accordé une entrevue tout récemment et j’aimerais
partager cet entretien avec vous. Tout comme vous et moi il a connu les hauts
et les bas de la vie. Il a vécu des déceptions amoureuses, des
séparations déchirantes, un diagnostic qui ébranle au
point de se demander si la vie à un sens, mais il a toujours su se relever
et continuer. En janvier 1989 il met fin à une relation de douze ans
car il découvre que son amant est infidèle. En décembre
1989 il est battu à la sortie d’un bar, il doit être hospitalisé car
il est défiguré. Quelques temps après il fait une nouvelle
rencontre, en début de relation il croit sage que lui et son nouveau
partenaire subissent des tests pour ITS et pour le VIH. Il se croyait à l’abri
car il sortait d’une relation de douze ans. Il apprend qu’il est
porteur du VIH et décide de mettre fin à sa nouvelle relation
car le médecin lui dit qu’il pouvait s’attendre à mourir
dans les quatre ou cinq prochaines années. Son nouvel amant ne l’entend
pas de cette façon, il ne veut pas que la relation prenne fin, il dit à Serge
que plus jamais il ne lui adresserait la parole s’il ne revenait pas
sur sa décision. Ils ne se sont jamais reparlés depuis ce jour.
Comme nous le vivons tous à des niveaux différents à l’annonce
du diagnostic, il a pensé au suicide, il se voyait comme un déchet,
comme une saleté. L’estime et l’image soi avaient basculées.
Seul un grand ami était au courant, nous savons tous que ce secret au
début est très lourd à accepter et à porter et
qu’il faut attendre les bons moments pour le révéler.
Il se présenta au BRAS pour s’inscrire sur la liste de bénévoles,
il fit une rencontre qui allait être un point tournant dans sa vie. Jocelyne
l’accueillit à bras ouvert, il se sentit compris et accepter dès
les premières minutes de cette rencontre. Le BRAS recherchait une personne à l’accueil,
Serge fut embauché, travail ou plutôt mission qu’il fit
avec brio pendant six ans. Depuis trois ans il travaille au soutien des PVVIH.
Il accueille les gens avec leurs joies et leurs souffrances. Il sait que la
vie nous est prêtée, et c’est à partir de principe
qu’il vit intensément chaque minute. Il croit qu’à toutes
questions il y a une réponse; que chaque problème à une
solution. Il faut selon lui voir l’être humain globalement (physiquement, émotionnellement,
psychologiquement et spirituellement). Il a suivit plusieurs formations afin
de mieux répondre aux besoins des gens qui s’adressent au BRAS
pour du soutien. Dans la complexité que présente la maladie il
cherche à amener les gens vers une plus grande simplicité qui
se vit un jour à la fois, une étape à la fois. Il cherche à prendre
soin de lui en ayant une bonne alimentation, en faisant de l’exercice
(nage, bicyclette, patins à roues en lignées, marche, danse en
faisant son ménage), il croit qu’il est essentiel de réduire
le stress à son minimum. Le travail est valorisant pour lui, ses revenus
lui assurent une qualité de vie tout en lui aidant à garder le
moral. Il canalise ses énergies dans la créativité par
le biais de la peinture. Il dit qu’il faut apprendre à établir
et respecter ses limites et rechercher l’équilibre en tout. Il
dit «Ce n’est pas parce qu’on est PVVIH qu’on doit
cesser toute activité sexuelle. Au contraire il faut avoir une sexualité en
se protégeant et en protégeant les autres. Il faut beaucoup de
fantaisie, de créativité, il faut réinventer mais on doit
arriver à l’exprimer». Il est important d’avoir un
réseau de support et de le maintenir. Au cours de la dernière
année il a appris qu’il avait le diabète, le processus
d’acceptation recommençait à nouveau, mais avec l’expérience
il a su accepter ce changement avec plus de facilité. On apprend avec
les années que la seule chose permanente est le changement.
Serge, merci pour ton accueil, ton sourire, ta simplicité, ta complicité,
ton amitié.
Léo-Paul
Tiré du BRAS EXPRESS janvier. février.
2004
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