Aimer sans préjugés

Une goutte d’amour est plus qu’un océan de connaissances. (Pascal, Blaise)

Le jour se lève à peine, il a plu toute la nuit. Aujourd’hui le temps sera maussade le soleil ne sera pas au rendez-vous. Il y a des moments dans la vie où malgré le beau temps, malgré le soleil qui brille de tous ses rayons la vie nous semble une nuit interminable. L’on se sent dans un tunnel sans fond, dans un labyrinthe sans issue. Les cauchemars se succèdent et la seule voix nous semble être celle de la drogue, dans cet espace on oubli pour un instant les souffrances, les cauchemars, les peurs qui nous habitent. Nous savons tous que ce n’est pas le chemin de la délivrance mais bien celui de l’esclavage. J’ai bien connu cet enfer et aujourd’hui je remercie l’univers car j’ai retrouvé la liberté. Toutefois pour s’en sortir il ne suffit pas de connaître les méfaits de la consommation mais il faut reprendre contact avec l’amour de soi.

J’ai choisi dans cette chronique de vous raconter l’histoire d’une personne vivant avec le VIH qui a contracté le virus en utilisant des drogues injectables(UDI).

J’ai eu le plaisir lors d’un dîner en tête à tête d’écouter François me raconter son histoire. Je vais tenter de vous la résumer. J’espère en bout de ligne que ce témoignage permettra de mieux comprendre ce que vivent les PVVIH qui sont ou ont été des UDI. Laissons de côté les préjugés et ouvrons notre coeur.

Frank a contracté le virus lors d’un échange de seringue. Il a fait confiance à un autre consommateur et aujourd’hui il réalise qu’il n’aurait pas dû. Au début il s’est blâmé mais a finalement réalisé qu’il ne pouvait pas changer le passé. C’est lors d’une hospitalisation à Pierre Janet et suite à des prises de sang de routine qu’il apprend qu’il est porteur du VIH. Il a une première rencontre avec une personne du BRAS, il a une prise de conscience mais se pose tout de même la question «c’est-tu vrai?», il retourne pour un deuxième test qui s’avère positif.

Il trouve difficile de gérer la situation avec sa famille. Sa mère l’a appris par une lettre de la Croix-Rouge informant François qu’il ne pourrait plus donner de sang.

Avec un diagnostique en santé mentale, le VIH et l’Hépatite C il n’en peut plus d’avoir de mauvaises nouvelles, il se renferme. Après la mort de certaines personnes il décide de chercher de l’aide, il sent le besoin d’en parler, il rencontre Serge, Lina et commence à fréquenter le BRAS. Il dit aujourd’hui que le fait d’en avoir parlé ça lui a fait du bien, ça lui a permit d’avancer et d’apprendre à mieux connaître la maladie. Il en parle de plus en plus avec d’autres personnes atteintes. Il cherche des moyens pour rester en santé. Il suit des modèles tel Serge du volet soutien, quoi, notre Serge national.


Les années passées dans la rue n’ont pas été facile, trouver un endroit pour dormir, se débrouiller avec ce que tu as, toujours proche de la consommation, tu ne te nourris pas tellement bien. Comment faire l’observance de la prise de médicament lorsque tu es dans la rue?
Le décès de Léon lui ouvre les yeux. Il retourne voir son médecin, il ne prenait plus de médicaments, il recommence donc une trithérapie et habite à la maison du BRAS, un milieu plus encadré qui l’aide à suivre sa thérapie médicale. Depuis qu’il s’est pris en main les gens de la rue lui passent des remarques positives et l’encourage, «t’es courageux, t’a pris du poids,....». Sa souffrance, ses maladies l’emmenaient à se voir comme une maladie. Il me dit que Même si parfois ça peut sembler cruel voir injuste il ne faut pas lâcher de garder espoir. Depuis que la médication pour Son problème de santé mentale est stable avec l’aide de la médication et il trouve ça très important car il peut être beaucoup sociable. Selon lui il y a une raison pourquoi les choses nous arrivent. Il a le goût de retourner aux études et de se trouver un emploi. Il sait qu’il demeure fragile et cherche a trouver les moyens de ne pas rechuter, car à chaque rechute il y a une perte. François, merci de ta confiance j’ai grandement apprécié les moments passés en ta compagnie. Ton témoignage est un moyen sûr d’aider les gens à mieux comprendre que malgré les épreuves si difficiles soient-elles on peut s’en sortir.

Avant de rencontrer François j’ai parlé avec Lina (intervenante travail de rue) qui a bien voulu accepter d’être le pont pour que je puisse partager ce moment avec lui. Toute rencontre nous apporte une richesse et je peux dire que les moments que j’ai passés avec Frank m’ont permis de mieux comprendre et d’aimer l’être humain.

J’aurai peut-être l’occasion dans une autre chronique de vous parler de notre chère Lina, qui en passant fait un travail remarquable et remarqué.

Léo-Paul
Regards sur la vie, tiré du BRAS EXPRESS novembre décembre 2004

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