Le VIH, un grand défi

Note- Afin de respecter la confidentialité le «R» remplace le prénom de la personne que j’ai interviewée. Cette demande est rattachée à sa démarche personnelle du dévoilement de son statut de séropositivité.

Aujourd’hui c’est le 7 décembre, je rencontre «R» et elle me dit que jour pour jour ça fait un an et 7 mois qu’elle a eu son diagnostic. Eh oui! Lorsque qu’on reçoit une telle nouvelle, un autre anniversaire vient s’ajouter à la liste. C’est le cas pour plusieurs personnes qui sont PVVIH.

Cette rencontre que j’ai eue avec «R» me fait réaliser comment je suis privilégié de partager des moments teintés de tendresse, de tristesse, de vérité, de courage, de détermination et la liste pourrait se poursuivre. Depuis deux ans, je partage avec vous ces précieux moments vécus avec des personnes de cœur. Aujourd’hui je veux leur dire un grand merci d’avoir accepté de partager ces moments intimes avec moi. Merci de votre confiance.

Que ce soit dans les premiers temps ou plus tard on se questionne tous sur le dévoilement de notre statut. À qui, comment et quand on le dit sont des questions que l’on se pose. «R» pour sa part aime le dire en tête à tête car elle trouve essentiel le soutien qu’elle reçoit par le regard. Elle note les noms, elle désire avoir un certain contrôle car selon elle ça lui appartient, c’est une façon de se protéger. Elle croit aussi que les circonstances ont leur importance. Lors de ma participation au Forum Entre-Nous plusieurs personnes vivant avec le VIH ont partagé comment ils ont procédé pour dévoiler ce grand secret. Pour la grande majorité c’est une étape importante qui n’est pas nécessairement facile mais qui est très libératrice.

Comme moi et bien d’autres, «R» se demande s’il lui sera possible de rencontrer une personne sérodiscordante. Est-ce possible de penser vivre une relation intime avec une personne qui est séro-négative? Lorsqu’on pose la question les réponses varient d’une personne à une autre. Cette question comme bien d’autres fait partie d’un long processus intérieur qui nous habite lorsqu’on est séropositif. La réponse vient lorsqu’on accepte d’aller à la rencontre de cette ombre qui nous hante suite au diagnostic.

J’ai eu l’occasion de connaître «R»il y a quelques années. Elle est pour moi une personne dynamique impliquée dans plusieurs causes professionnelles. Aujourd’hui elle est toujours impliquée au niveau professionnel et sait quand et comment se retrousser les manches pour relever les défis qu’elle rencontre. Le VIH est toutefois pour elle un «christ» de grand défi; elle se demande par quel bout commencer mais elle est bien déterminée à se battre.

Elle suit une formation afin de devenir thérapeute en relation d’aide; elle offre ses services à certaines personnes du BRAS et ce cours est pour elle un grand support qui l’aide à se centrer sur la lumière au fond du tunnel. À chaque pas elle avance avec détermination, elle franchit plusieurs étapes. Elle change certaines habitudes de vie pour y revenir plus tard, elle cherche sa voie. Elle trouve des moyens afin d’évacuer sa rage et sa colère. Lorsqu’on est diagnostiqué il faut vivre un deuil. Un livre qui lui a été d’une grande utilité est «Aimer, perdre et grandir» de Jean Montbourquette. Elle fait beaucoup de recherches et de lecture afin de mieux comprendre la maladie et connaître les options que lui offre la médecine. Comme plusieurs elle se questionne sur le dosage et les types de médicaments administrés aux femmes. Des questions qui restent encore sans réponses précises.

En ce moment elle survit. Même si ses pas sont parfois incertains, elle continue d’avancer, confiante qu’elle trouvera son chemin. Elle a plusieurs projets en tête. Je crois pour ma part qu’il faut continuer de croire en nos rêves et profiter pleinement de chaque moment que la vie nous offre.

«R» aimerait bien pouvoir partager ses préoccupations avec d’autres femmes professionnelles. Elle souhaiterait qu’un groupe pour hétérosexuels voie le jour. «R», je crois sincèrement que tes souhaits sont très justifiables. Récemment j’ai réalisé comment il est important pour les personnes nouvellement diagnostiquées de pouvoir échanger ensemble. Je vis avec le VIH depuis plus de vingt ans, je souhaite être un signe d’espoir pour vous, mais je suis aussi très conscient comment les premières années sont importantes et que vos précoccupations peuvent être différentes.

«R» merci de partager avec toutes nos lectrices et nos lecteurs ce moment de vérité.

Ce témoignage, ce cri du cœur est un cadeau d’une valeur inestimable.

Léo-Paul

Regards sur la vie, tiré du BRAS EXPRESS janvier février 2005


[Accueil] [Qui sommes-nous?] [Nos Programmes] [Témoignages] [Bénévolat] [Activités] [Journal] [Liens] [Contact] [Plan du site]

© 2005 Bureau Régional d'Action Sida
Aucun matériel sur ce site ne peut être utilisé sans l'autorisation écrite du BRAS
Maintien du site Web: Prizmatech Informatique <info@prizmatech.ca>